Euro 2016 : qui sont les footeux de la littérature classique ?

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« Vraiment le peu de morale que je sais, je l’ai appris sur les terrains de football et les scènes de théâtre qui resteront mes vraies universités. J’appris tout de suite qu’une balle ne vous arrivait jamais du côté où l’on croyait. Ça m’a servi dans l’existence et surtout dans la métropole où l’on n’est pas franc du collier. »

Albert Camus

La France est dans les starting-blocks pour accueillir l’Euro 2016, championnat d’Europe de football. A cette occasion, revenons sur les personnages de la littérature classique qui pourraient participer au championnat, et sur les écrivains français qui pourraient être dans les gradins !

Halios et Laodomas, les Diego Maradona et Lionel Messi de L’Odyssée

Dans L’Odyssée, Homère, qui est lui-même un athlète accompli, se retrouve à la cour du roi Alkinoos. Ce dernier est père de deux fils, Halios et Laodomas, qui apparaissent comme des joueurs accomplis. Ulysse, qui assiste à un entraînement, est émerveillé par la dextérité des jeunes gens. Passement de jambes, petit pont, tout y passe ; Homère évoquant une parfaite danse footballistique :

« Alors Alkinoos fit danser seuls deux de ses fils, Halios et Laodomas, avec qui nul ne rivalisait. Ils prirent à deux mains un beau ballon brillant, œuvre de l’habile Polybe ; l’un le lançait jusqu’aux sombres nuées en se renversant en arrière ; l’autre sautant en l’air, le recevait en souplesse, au vol. Après qu’ils eurent ainsi dansé en ligne droite avec le ballon, ils dansèrent sur la terre nourricière en chassés-croisés rapides ; les autres jeunes gens debout dans l’arène battaient la cadence ; un bruit formidable s’ensuivait. »[1]

Jean Giraudoux, un supporter pacifiste passionné

Sportif accompli, ce passionné de football voit dans la discipline sportive  une formidable communion mystique, un moyen d’unir les peuples. On imagine bien Giraudoux dans les gradins, se réjouissant de la grand-messe qu’est la coupe de l’Euro.

« Car, plus encore que roi des sports, le football est le roi des jeux. Tous les grands jeux de l’homme sont les jeux avec une balle, que ce soit le tennis, la chistera ou le billard. […] Le football doit son universalité à ce qu’il a pu donner à la balle le maximum de son effet. L’équipe de football c’est le mur de la chistera, soudain intelligent, la bande de billard douée de génie. En plus de son propre principe, celui du rebondissement, de l’indépendance, l’équipe donne à la balle le moteur de onze malices et de onze imaginations. Si les mains ont été supprimées du jeu, c’est que la balle par leur intervention cesserait d’être balle, et le joueur aussi. Les mains sont des trucs ; elles ont été données uniquement aux deux animaux truqueurs, à l’homme et au singe. La balle n’admet pas le truquage, mais seulement les effets stellaires… »[2]

Henry de Montherlant, un supporter conquérant

Autre sportif accompli, Montherlant voit dans le football, et dans l’effort physique de manière générale, un moyen de se dépasser et d’affirmer sa grandeur aristocratique. Le geste footballistique est pour lui empreint de pureté et de poésie. Montherlant pourrait, lui, suivre la coupe de l’Euro de son appartement quai Voltaire, à Paris, pestant à loisir contre les errements de l’équipe française.

« Il a conquis le ballon et seul, sans se presser, il descend vers le but adverse.

Ô majesté légère, comme s’il courait dans l’ombre d’un dieu!

Six garçons se jettent à sa poursuite; et la glèbe jaillit derrière eux.

On dirait son sillage déployé, force fraîche, cette houle humaine,

ce large et grâcieux éventail qui balaie de son vent la plaine

Devant lui sautille la bête perfide, à demi captive, irritée,

qu’on mène à coups de caresses rageuses et de l’intérieur du pied, et ses pieds sont intelligents, et ses genoux sont intelligents.

Magnifique est la gravité dure de ce jeune visage jamais vu que

riant. »[3]

Pierre Drieu La Rochelle, le supporter nationaliste

Pour Drieu La Rochelle, l’état d’une nation se mesure à ses défaites et victoires footballistiques. Idées à replacer dans un contexte d’après-guerre, bien évidemment…On imagine bien Drieu La Rochelle en vindicatif supporter.

« C’est ce qui émerveille les milliers de spectateurs animés d’une chaleureuse bienveillance pour leur race, qui depuis la guerre ont vu se lever une nouvelle France sur les terrains de sport. Elle est si saine, si souple, si tenace, si cohérente que ce serait blesser la raison que de ne pas croire que tous ces jeunes corps vainqueurs sont une sûre promesse de la vie et que le destin assurera leur multiplication. »[4]

Quelques citations d’autres passionnés !

Oscar Wilde : « Le football est un  jeu pour jeunes filles rugueuses peu recommandé aux garçons délicats. »

George Bernard Shaw : « Les footballers ont le cerveau dans le pied. »

George Orwell : « Le football, c’est la guerre sans les exécutions. »

Marcel Pagnol : « Un Marseillais, monsieur Brun, s’il voit un chapeau melon sur le trottoir, il ne peut se retenir, il shoute. »

Une anecdote : Michel Platini et Marguerite Duras !

En 1987, Michel Platini remporte la Coupe d’Europe des Clubs champions et Marguerite Duras obtient le prix Goncourt pour L’Amant. A cette occasion, le magazine Libération publia une longue, étonnante et formidable interview entre ces deux géants. On y découvrait une Duras passionnée et très au fait, qualifiant le football de jeu « démoniaque et divin ».

Vous souhaitez en savoir plus sur les liens entre football et littérature ? Lisez le passionnant Football & Littérature, Une anthologie de plumes et de crampons, de Patrice Delbourg et Benoît Heinermann, publié chez Stock ; ouvrage sans lequel je n’aurais pu écrire cet article.

Vous êtes passionné de sport ? Découvrez notre interview du journaliste sportif Frédéric Verdier !

Illustration : France-Espagne, finale du championnat d’Europe 1984 (Victoire de la France 2-0)

[1] Homère, L’Odyssée, VIII

[2] Jean Giraudoux, préface à La Gloire du football, 1927

[3] Henry de Montherlant, Les Olympiques, 1927

[4] Pierre Drieu La Rochelle, A propos d’une saison de football, 1921

Sarah Sauquet

One Comment

  1. Michel Platini remporte la Coupe d’Europe en 1985 et l’Amant obtient le prix Goncourt en 1984 !

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