Le tour de France des plus belles bibliothèques et médiathèques municipales

Vous l’aurez compris dans mon dernier article consacré aux bibliothèques de la ville de Paris, je suis une amoureuse des bibliothèques municipales et je n’hésite pas à traverser Paris pour m’y rendre. De même, lorsque j’arrive dans une ville que je ne connais pas, j’aime visiter sa ou ses bibliothèques et médiathèques, et je commence à en connaître un certain nombre. Ainsi, je vous convie à un tour de France des bibliothèques et médiathèques municipales en mettant en avant des établissements incontournables, audacieux, parfois récents et toujours beaux, qui vous donneront, je l’espère, une furieuse envie d’aller à la bibliothèque ! Cette liste est bien sûr tout sauf exhaustive et éminemment subjective. Vous aimeriez que la bibliothèque municipale que vous fréquentez y figure ? N’hésitez pas à me laisser un commentaire, je me ferai un plaisir de la rajouter !

 

Antilles

Fort-de-France

Bibliothèque Schœlcher : située dans un bâtiment classé monument historique, la bibliothèque, magnifique, possède de véritables trésors tels qu’un exemplaire de Quatrevingt-treize dédicacé par Victor Hugo, un Code noir ainsi qu’un traité de navigation en latin du XVIIème  siècle. La bibliothèque possède aussi un important fonds antillais. Le site de la bibliothèque propose une visite du bâtiment.

Auvergne-Rhône-Alpes

Chambéry

Médiathèque Jean-Jacques Rousseau : cette médiathèque circulaire, accolée au Carré Curial, offre une vue imprenable sur les toits de Chambéry et la montagne. Sa grande hauteur sous plafond et sa façade entièrement vitrée en font un lieu très agréable.

Lyon 

Bibliothèque du 5ème, Saint-Jean : nichée au cœur du quartier historique de Lyon, la bibliothèque est située depuis 1909 dans le Palais Saint-Jean, ancienne demeure des évêques. La bibliothèque conserve les traces de cette histoire, avec une belle hauteur de plafond abritant les anciennes coursives de livres, des tapisseries et du mobilier d’époque.

Lezoux

Médiathèque entre Dore & Allier : au-delà de la beauté de son bâtiment, cette médiathèque vaut le détour ! Une médiathèque incroyable qui organise de nombreux événements, une médiathèque dont vous êtes le héros et qui implique pleinement ses usagers, comme en témoigne leur activité sur les réseaux sociaux. À découvrir !

Moulins

Médiathèque communautaire de Moulins : inaugurée en 2013, la médiathèque a été primée un an plus tard pour son espace intérieur dans le cadre du Grand prix des bibliothèques francophones, décerné chaque année par le magazine Livres Hebdo et un jury de professionnels. C’est Amélie Nothomb qui présidait le jury cette année-là. Un fonds patrimonial est accessible au premier étage de l’établissement, qui se veut un lieu multiculturel et intergénérationnel.

Bourgogne-Franche-Comté

Montceau-les-Mines

Médiathèque de Montceau-les-Mines : une médiathèque magnifique et au catalogue impressionnant que j’ai fréquentée avec un bonheur infini ! Le bâtiment à l’architecture contemporaine – réhabilitation de réhabilitation de l’ancien bâtiment des houillères – s’inscrit parfaitement dans le paysage de la ville.

Dole

Hôtel-Dieu de Dole © Wikimedia

Médiathèque de l’Hôtel-Dieu : cette médiathèque dynamique est située dans le bâtiment de l’ancien hôtel-Dieu, magnifique et chargé d’histoire.

Bretagne

Brest

Médiathèque François Mitterrand – Les Capucins : située dans le bâtiment du XIXe siècle qui abritait les ateliers de mécanique de la marine nationale dans le quartier des Capucins, la médiathèque a été inaugurée en 2017. Notamment desservie par le téléphérique, cette médiathèque a une identité architecturale très forte et a su parfaitement tirer parti de la fonction du bâtiment d’origine. À découvrir absolument !

Saint-Malo

La médiathèque de La Grande Passerelle : située dans le quartier de la gare, au sein d’un espace culturel majeur, la Grande Passerelle, cette médiathèque aux allures de paquebot déploie ses services sur 3000 m2. Inauguré en 2015, le bâtiment, en verre, est particulièrement séduisant.

Centre-Val-de-Loire

Orléans

Médiathèque d’Orléans : par son emplacement et sa structure, la médiathèque a constitué un véritable défi architectural. A l’intérieur, les escaliers orange sont très originaux, et frappent par leur couleur vive. Les immenses façades vitrées offrent une vue imprenable sur la ville, notamment du quatrième étage.

Sainte-Luce-sur-Loire

Médiathèque-ludothèque René Goscinny : une médiathèque très fournie qui, une fois n’est pas coutume, fait aussi office de ludothèque ! Inauguré en 2006, l’établissement séduit par son esthétique sur pilotis, son jeu de matériaux entre verre et bois. La médiathèque s’inscrit également dans une démarche environnementale matérialisée, en outre, par une végétation filtrant l’eau de pluie sur le toit.

Tours 

Bibliothèque municipale ou bibliothèque Centrale : située au bord de la Loire, cette bibliothèque, construite entre 1954 et 1957, est un bâtiment inscrit au titre des Monuments historiques.

Grand-Est

Charleville-Mézières 

Médiathèque Voyelles : Le nom de la média­­thèque est un hommage à Arthur Rimbaud, originaire de la ville, et fait réfé­­rence à son poème « Voyelles ». Outre son fonds général, la médiathèque conserve des collections anciennes (du Moyen Âge au 19e siècle) et des fonds spécialisés, notamment sur Rimbaud et les Ardennes. L’établissement organise de nombreux événements et est une réussite architecturale.

Nancy 

Médiathèque-Manufacture : Réhabilitée en 2016 après six mois de travaux, la médiathèque est organisée en différentes zones distinctes mais non cloisonnées, et permet de nouvelles pratiques autour du numérique.

Strasbourg

Médiathèque André Malraux : Inauguré en 2008, cet établissement, immense, pareil à un paquebot, est la plus grande bibliothèque publique de l’est de la France. Il résulte de la réhabilitation d’un ancien bâtiment portuaire et témoigne du passé de Strasbourg. L’atmosphère industrielle du lieu a été totalement conservée par les architectes.

Hauts-de-France

Compiègne

Bibliothèque Saint-Corneille, Compiègne © Intagram

Bibliothèque Saint-Corneille : cette bibliothèque est absolument magnifique ! Réhabilitée en 2007, la bibliothèque est installée dans les vestiges de l’abbaye Saint-Corneille, en plein centre historique de la ville. Elle mélange subtilement vieilles pierres et verrière contemporaine et offre une vue remarquable sur la ville. Outre le fonds général conséquent, on y trouve 20 000 documents patrimoniaux ainsi que 4260 trésors issus de sa Réserve Précieuse.

Grenay

Médiathèque-Estaminet : Située en plein centre-ville, cette superbe médiathèque se veut un véritable lieu de vie, proposant de nombreuses animations. Le site de la médiathèque propose une visite virtuelle de l’établissement.

La Madeleine

Médiathèque de La Madeleine : inaugurée en novembre 2013 après deux ans de travaux et la réalisation d’une extension, la médiathèque se trouve dans un immense et superbe bâtiment blanc, le bâtiment Édouard Descamps qui abritait initialement les œuvres sociales de la ville, notamment des bains-douches. La bibliothèque est un immense espace décloisonné, à l’intérieur duquel le blanc et la clarté dominent.

Lesquin 

Médiathèque de Lesquin : Située au cœur du magnifique Centre culturel Dany Boon de Lesquin, la médiathèque est extrêmement dynamique.

Ile-de-France

Brunoy

Le Nuage Bleu, Médiathèque Tomi Ungerer : une superbe bibliothèque à taille humaine, qui a été rénovée en 2016. Un habillage métallique aux allures de moucharabieh donne à cet établissement un cachet authentique et singulier. Une de mes médiathèques préférées qui propose pas moins de 45000 documents.

Médiathèque François Villon, Bourg-la-Reine © Pinterest

Bourg-la-Reine

Médiathèque François Villon : inaugurée en février 2015, cette médiathèque a été primée quelques mois plus tard pour son espace intérieur dans le cadre du Grand prix des bibliothèques francophones, décerné chaque année par le magazine Livres Hebdo et un jury de professionnels. Ce bâtiment élégant est construit sur une opposition entre l’opacité de façades en pierres et la luminosité des parois vitrées.

La Courneuve

Médiathèque Aimé Césaire : implantée dans les anciennes usines Mécano, cette médiathèque témoigne superbement du passé industriel de la ville. Le nom de « Mécano », en lettres argentées sur fond doré, se détache sur la façade de l’établissement. Un endroit étonnant à découvrir !

Le Kremlin-Bicêtre

L’écho médiathèque : une médiathèque qui ne pourra pas laisser indifférent ! Cette médiathèque apparaît, à l’extérieur, comme un immense bloc rouge. À l’intérieur, c’est un sol noir ainsi qu’une grande clarté qui emportent l’adhésion.

Nouvelle-Aquitaine

Angoulême 

L’Alpha : ouverte en 2015, c’est une magnifique médiathèque que je fréquente régulièrement. Située en face de la gare d’Angoulême (on peut la voir depuis les quais), elle est constituée de plusieurs blocs de couleur et se présente comme un véritable lieu de vie, avec auditorium, café, et toboggan pour accéder à certains étages ! Des scènes du film Lola et ses frères, de et avec Jean-Paul Rouve, y ont été tournées.

Bordeaux

Bibliothèque Mériadeck : d’une superficie de 8000 m2 , il s’agit une des plus grandes bibliothèques municipales de France. D’octobre à mai, la bibliothèque est ouverte le dimanche. Elle propose de nombreuses animations et son pôle Enfants est plébiscité.

La Rochelle 

Médiathèque Michel Crépeau : tête de pont des médiathèques de l’agglomération de La Rochelle, cet établissement est idéalement placée face au port et aux fameuses tours rochelaises et offre une vue des plus agréables. Son fonds est très conséquent.

Limoges 

Bibliothèque Francophone Multimédia : communément appelée BFM, elle est située en centre-ville, à côté de l’hôtel de ville qui vaut lui aussi le détour. Son architecture est imposante et audacieuse et son fonds extrêmement riche. La BFm dispose d’un pôle francophone d’environ 25000 ouvrages et s’affirme comme la bibliothèque de référence en matière de littérature francophone en France.

Mourenx

Médiathèque intercommunale Le Mix : cette médiathèque fait partie d’un centre culturel important, Le Mix, et se veut le fer de lance d’un pôle lecture qui regroupe 21 bibliothèques réparties sur l’ensemble du territoire Lacq-Orthez. Très dynamique, cette médiathèque a été inaugurée en mai 2016.

Poitiers 

Médiathèque François Mitterrand : inaugurée en 1996, elle est située dans le centre-ville médiéval de Poitiers. Une artothèque est disponible à l’étage pour emprunter des tableaux, peintures, photos d’artistes, et la médiathèque propose également un pôle d’excellence documentaire consacré au Moyen Âge, en partenariat notamment avec la BNF.

Terrasson-Lavilledieu

Médiathèque Simone Veil : ce séduisant bâtiment en inox, béton, verre et acier avec un toit végétalisé et un système de récupération des eaux de pluie a été réalisé en 2012. La médiathèque propose près de 20 000 documents.

Normandie

Cherbourg

Bibliothèque Jacques Prévert : première bibliothèque publique du département et la deuxième de la région Basse-Normandie, la bibliothèque inaugure ses nouveaux locaux en 2015 dans le bâtiment rénové du centre culturel, appelé le Quasar.

Bibliothèque Oscar Niemeyer, Le Havre ©Instagram

Le Havre

Bibliothèque Oscar Niemeyer : inaugurée en 2015, cette bibliothèque, située dans ce que les Havrais appellent « le petit Volcan », est célèbre pour la forme de son bâtiment, bien sûr, et pour faire partie de l’ensemble architectural conçu par l’architecte brésilien Oscar Niemeyer. Très active sur les réseaux sociaux, la bibliothèque organise de nombreux événements.

Verneuil-sur-Avre

Médiathèque Jérôme-Carcopino : installée dans une maison classée Monument historique, il s’agit d’une médiathèque au cachet indéniable et qui gère un fonds important.

 

 

Occitanie

Albi

Médiathèque Pierre Amalric : inaugurée en 2001, la médiathèque porte le nom d’un ophtalmologiste albigeois passionné de bibliophilie. Implanté au centre-ville d’Albi dans le vallon de Merville, le bâtiment a la forme d’un embarcadère et est très lumineux.

Toulouse

Bibliothèque d’étude et du patrimoine, Toulouse © Instagram

Bibliothèque d’étude et du patrimoine : bien que son fonds soit avant tout destiné aux étudiants et qu’on ne puisse pas emprunter, mais seulement consulter, cette bibliothèque municipale est accessible à tous et j’y ai plusieurs fois travaillé. Idéalement située en centre-ville, elle offre un cadre de travail idéal, avec son parquet, ses tables en bois et lampes individuelles, ses baies vitrées, son dôme et sa hauteur sous plafond. Une atmosphère intemporelle.

Médiathèque José Cabanis : la plus grande médiathèque de Toulouse est un bâtiment en bois et en terre cuite, que l’on reconnaît de loin et qui s’intègre très bien dans les couleurs de la ville ! Organisée en plusieurs étages et pôles, elle comporte notamment un pôle, L’œil et la lettre, dédié à tous les handicaps. La médiathèque est ouverte le dimanche.

 

Pays de la Loire

Couëron

Médiathèque Victor-Jara : cette magnifique médiathèque située sur les bords de Loire est installée dans les locaux d’une ancienne usine à plomb superbement réhabilitée.

Nantes

Médiathèque Lisa-Bresner : avec sa façade colorée, et son « médiathèque » qui se découpe en lettres blanches, impossible de la manquer ! Cette médiathèque récente est un véritable établissement de proximité, apprécié pour son accueil et son fonds important.

Provence-Alpes-Côte d’Azur

Aix-en-Provence

Bibliothèque Méjanes : reconnaissable par son entrée constituée de livres géants ( Le petit prince  et L’étranger enserrent Le malade imaginaire), cette bibliothèque est située dans une ancienne manufacture d’allumettes. Depuis 1993, elle est le cœur de la Cité du Livre, un lieu associatif où se croisent de multiples propositions en matière de culture, de loisirs, d’information et de formation.

Marseille 

Bibliothèque de L’Alcazar : implantée sur le site du mythique music-hall dédié à la chanson française, la bibliothèque est un bâtiment moderne, esthétique, tout en transparence.  La bibliothèque propose près d’un million de documents ainsi que des fonds précieux. Il s’agit d’un des lieux de recherche et d’étude les plus complets de la ville. ­

Saint-Vallier-de-They

Médiathèque municipale : nichée au cœur d’un village provençal lui-même situé sur la route Napoléon, la médiathèque fait partie d’un pôle culturel fort. Le bâtiment, moderne, spacieux et agréable, s’inscrit pleinement dans le paysage.

Saint-Zacharie 

Bibliothèque municipale : comme échappée d’un conte ou d’un film de Jacques Demy, cette bibliothèque est immédiatement reconnaissable par ses murs roses et volets verts !

Bibliothèque de Saint-Zacharie © Instagram

 

Si jamais cet article vous a donné envie de visiter l’une de ces bibliothèques, n’hésitez pas à m’en dire plus sur Instagram, Twitter ou Facebook !

Vous avez aimé cet article ? Vous aimerez sûrement Bibliothèques de Paris, mon amour.

© Bibliothèque de l’Alpha, Angoulême

 

 

 

Entre lecture et écriture, les classiques de Thibaud Crivelli

« La découverte d’un parfum est une lecture sensorielle. Sa création en est une écriture. »

Parce qu’il est convaincu que le parfum est une expérience vivante, personnelle et inattendue, Thibaud Crivelli, explorateur, et amateur de la nature à l’état brut, lance Maison Crivelli, une marque de parfums authentique et singulière, invitant à l’exploration des sens. Il nous raconte ses classiques, véritables ponts entre diverses cultures que ce voyageur aime défricher et lire de préférence dans leur langue d’origine.

Thibaud, quel lecteur es-tu et notamment quel lecteur de classiques es-tu ou as-tu été ?

La lecture est pour moi un plaisir, un hobby, mais ce n’est pas mon unique passion – je voyage beaucoup, je fais énormément de choses – et j’y consacre donc un temps variable. C’est en tout cas une porte ouverte vers un univers dont je ne suis pas spécialiste mais auquel je suis sensible. Je lis avec une démarche de découvreur, et je mets un point d’honneur à explorer des territoires littéraires qui sont très différents les uns des autres.

Petit, j’ai lu beaucoup de classiques, notamment français, trouvés dans notre vieille bibliothèque familiale,en bois ciré. Je garde un souvenir très net de collections de livres anciens, de leur format, de l’odeur et de l’aspect des papiers vieillis. Rapidement, je me suis tourné vers la littérature du XIXème siècle, notamment le réalisme et le naturalisme. J’ai trouvé dans les messages de ces mouvements littéraires un vrai sens, à travers les univers qu’elle dépeint et ce qu’elle exprime de la réalité du quotidien de l’époque.

Mais j’ai, très jeune, eu un fort intérêt pour les langues étrangères.Les langues étrangères sont pour moi la première porte d’accès à la compréhension des cultures. Je m’y suis mis très tôt et ai graduellement augmenté le nombre de langues étudiées. De ce fait, je me suis naturellement tourné vers les littératures étrangères, car j’aime lire la littérature dans sa langue d’origine. Par exemple, quand j’ai commencé à apprendre le portugais, je me suis mis à lire des romans lusophones, notamment Les Capitaines des Sables de Jorge Amado, ou Le Dieu Manchot de José Saramago, roman pour lequel il a reçu le prix Nobel de littérature.

La littérature est donc, pour toi, liée aux voyages ?

Tout à fait. Lorsque j’ai rencontré et voulu mieux comprendre de nouvelles cultures, je suis passé par la littérature pour mieux cerner l’histoire, m’imprégner de l’atmosphère et de l’ambiance de ces pays. À l’âge de 22 ans, en 2006, je suis partie en Asie pour la première fois et c’est en rentrant avec le Transsibérien que j’ai commencé à explorer la littérature russe, et notamment ses classiques, Tolstoï, Pouchkine, Dostoïevski.

Par la suite, lorsque je suis retourné en Asie en 2008, j’ai approfondi ma découverte de la civilisation chinoise, et dans la même démarche, je me suis intéressé à la littérature chinoise contemporaine, que je lisais en chinois, dans un souci de mieux maîtriser la langue. Je voulais mieux comprendre et mieux voir la Chine, non pas à travers le regard de l’Occidental sinophile que je suis mais sous l’angle d’un local qui a été témoin des changements politiques, sociétaux, et culturels qu’a vécu son pays au XXème siècle.

Plus récemment, suite à plusieurs voyages en Asie Centrale, j’ai eu la démarche de découvrir des cultures à mi-chemin entre l’Asie et l’Europe, et notamment celles de la route de la Soie.  Je me concentre aujourd’hui sur l’étude du turc et du persan, et je découvre par là-même les grands poètes iraniens ou les oeuvres d’Orhan Pamuk. J’ai personnellement apprécié Neige, un formidable roman politique, et Mon Nom est Rouge qui relate la fomentation d’un complot dans le monde des miniaturistes ottomans.

Quels sont les romanciers chinois qui t’ont marqué ?

Je citerais trois écrivains, Ma Jian, Chie Li, Yu Hua, trois auteurs qui décrivent le quotidien. Il s’agit de fiction mais ils décrivent, de façon précise, le quotidien d’un peuple, et d’une Chine qu’on ne connaît pas forcément. Les personnages de ces romans font face aux changements de la Chine du XXème siècle.

Je citerais également Gao Xingjian, autre prix Nobel de littérature, et son roman La Montagne de l’âme. Il s’agit de la première œuvre chinoise que j’ai lue et c’est un roman incontournable pour comprendre la philosophie chinoise. La Montagne de l’âme me parle beaucoup car j’ai exploré la Chine souvent seul et il met en scène un ermite, assez mystique, qui vit dans des montagnes,  et offre une réflexion existentielle sur la vie.

Enfin, j’évoquerais Lao She, un des premiers romanciers modernes chinois, qui décrit Pékin, ville où j’ai vécu, au début du XXème siècle. On est transporté dans une Chine d’un autre temps, et l’esprit de la ville de Pékin – qui est en train de disparaître et dont j’ai pu avoir un aperçu – est fortement représenté avec ses Hutong (ruelles), ses Siheyuan (architecture typique de Pékin, où différentes familles vivent autour de cours carrées très conviviales).

Maison Crivelli se donne pour mission de surprendre à travers des créations contrastées et d’amener le client à explorer le parfum sous un angle sensoriel et très personnel. Quel lien fais-tu entre la lecture d’une œuvre et la lecture d’un parfum ?

Chaque parfum de Maison Crivelli est inspiré d’expériences olfactives personnelles, puissantes, surprenantes et mémorables. Je vis au quotidien en mettant tous mes sens en exergue ce qui m’amène à enrichir mes expériences, à vivre davantage de surprises, à mieux me connecter à autrui, au monde qui m’entoure, et cela m’a donné une lecture très spécifique et inattendue du parfum. C’est un état d’esprit que je retrouve en tant que lecteur puisque pour moi, les œuvres les plus belles, doivent être de facto multi-sensorielles, et le parfum a le même pouvoir que la littérature de faire vivre les choses de manière très personnelle.

Ce qui m’importe, avec Maison Crivelli, c’est que j’ouvre une porte d’entrée et j’accompagne chacun dans cette exploration du parfum, tout en respectant la façon dont ce moment sera vécu. Je veux surtout que chacun comprenne comment le parfum fait écho en lui, et il est bon de lire et relire un parfum (au sens de « vivre le parfum », et de le porter), comme on peut lire et relire une œuvre. Parce que la lecture d’un livre, tout comme la lecture d’un parfum, au gré de ses émotions, de sa personnalité et de son chemin de vie, prendra des tonalités très différentes.

De même, quel parallèle fais-tu entre l’écriture d’un livre et celle d’un parfum ?

La création d’un parfum, tout comme la création d’un livre, est une expérience vivante. Une œuvre littéraire est un assemblage de mots qui se répondent les uns les autres. Le parfum est, lui, constitué de matières premières, que j’appelle vivantes, qui interagissent entre elles et évoluent dans le temps. La difficulté de l’écriture d’un parfum réside dans le nombre de matières premières à utiliser et dans la capacité d’un parfumeur à rendre beau et équilibré un assemblage très complexe de matières qui doivent surprendre mais évoluer dans le temps avec harmonie.

A travers l’univers développé autour de Maison Crivelli, j’invite d’ailleurs le client à  faire une pause, être dans l’instant et prendre du temps pour lui afin qu’il puisse vivre une découverte active et qualitative du parfum. Maison Crivelli s’inscrit donc dans une démarche de « slow perfume« .

Y-a-t-il des auteurs ou des œuvres qui t’ont guidé, et marqué, dans l’éveil à l’olfaction et à la sensualité ?

Il serait difficile de ne pas citer Le Parfum, de Süskind, qui reste une œuvre majeure pour traiter ce sujet de manière directe. Mais bien des écrivains traitent de l’olfaction. Les romans qui me touchent sont avant tout ceux qui décrivent, et transportent dans un univers multi-sensoriel, où l’olfaction est omniprésente, comme chez Tolstoï ou Balzac par exemple.

La littérature ne m’a pas éveillé  à l’olfaction – j’y ai toujours été très sensible –  mais lorsqu’on s’éveille à l’olfaction, on lit différemment, on perçoit le monde différemment. Si je lis un roman qui décrit un boudoir, une promenade champêtre, une ambiance de rue ou un marché, je vais pouvoir convoquer des odeurs de poudre, de cuir, d’herbe, ou d’épices, et l’olfaction peut être évoquée de plein de façons diverses et variées. 

Tout comme il est possible de s’éduquer à la littérature, est-il possible de mieux sentir, et comment y arriver ?

L’odorat est le sens le plus fort, mais c’est celui qu’on comprend et qu’on connaît le moins. C’est aussi celui que l’on éduque le moins.  Pour mieux sentir, il faut avant tout prendre son temps et se rapprocher des matières premières, non pas sous un angle technique mais en mettant ses sens en éveil et en créant des associations sensorielles. Avec des couleurs, des sons, des textures et des références au goût… tous ces univers servent d’ailleurs à décrire le parfum, et c’est sous cet angle qu’il faut le (re)découvrir.

 

Pour en savoir plus :

www.maisoncrivelli.com /Facebook/Instagram

Disponible au Bon Marché Rive Gauche du 27 Octobre au 31 Décembre.