La Bibliothèque Gaston-Miron, haut lieu de la culture québécoise en Europe

« Au Québec, comme dans de nombreux pays francophones, ou colonisés, la grande littérature, c’est la littérature française, et il faut arriver à trouver sa place par rapport à cette institution. Aujourd’hui, les éditeurs ne veulent plus qu’on présente leurs livres comme des livres essentiellement québécois, dont la qualité première, et presque unique, serait d’être québécois, et qu’on lirait en France simplement parce qu’il y a des affinités entre la France et le Québec. »

Située dans les locaux de l’université Paris 3 – Censier, la Bibliothèque Gaston-Miron (ou BGM) est le fonds québécois le plus important à l’extérieur du Québec ! Ouverte au grand public, elle est l’endroit incontournable, à Paris, pour découvrir la culture, la presse et la littérature québécoises, et ceci d’autant qu’on peut y emprunter des ouvrages, sans être étudiant à la Sorbonne.

Afin de mieux comprendre le fonctionnement, les ressources et l’exceptionnalité d’un tel lieu, je me suis entretenue avec Anne-Isabelle Tremblay, responsable de la Bibliothèque Gaston-Miron (BGM) à la Sorbonne Nouvelle.  Nous avons parlé fonds documentaire, ressources en ligne, mais aussi édition et littérature québécoises !

Anne-Isabelle, pouvez-vous commencer par nous présenter la BGM ?

Rappelons tout d’abord que Gaston Miron est un de nos plus grands poètes. Lors de ses passages à Paris, il fréquentait la bibliothèque. Elle porte son nom depuis 2003. La BGM est le fonds québécois le plus important à l’extérieur du Québec. Nous avons environ 20000 documents, qui couvrent quelques sujets généraux, mais surtout ce qu’on pourrait appeler les humanités : sciences humaines, sciences sociales, politique, histoire, littérature, poésie, théâtre, linguistique. Nous achetons presque tout ce qui est publié en matière de recherches universitaires, et c’est pour cela que notre fonds est très utile aux chercheurs.

D’ailleurs, la BGM a le label Collex, un label d’excellence attestant l’adéquation de sa collection aux besoins de la recherche en littérature, culture et histoire québécoises. Tout le catalogue de la BGM est consultable sur le site Virtuose+ et nos notices sont progressivement ajoutées au Système de documentation universitaire (SUDOC). À Paris 3, se trouvent aussi la Chaire d’étude du Québec ainsi que le Centre d’études québécoises grâce auxquels l’université de Paris III dispense des cours sur la littérature québécoise, dans le cadre d’un cursus plus général en littérature francophone.

 

Pourquoi la BGM est-elle située dans les locaux de la Sorbonne ?

La BGM est dans les locaux de Paris 3, dans la salle de la Clef, depuis 2012, mais à l’origine, elle était au sein de la Délégation générale du Québec à Paris. Le fonds de la BGM avait d’abord été constitué pour le personnel de la Délégation, mais elle a rapidement été ouverte au grand public. Par contre, il fallait savoir qu’elle se trouvait à la Délégation, s’y rendre, et cela pouvait être intimidant puisqu’il s’agit quand même d’un lieu de représentation diplomatique. Nous sommes à la Sorbonne depuis sept ans aujourd’hui, et cela fait sens, au regard de notre fonds, utile et destiné avant tout à des étudiants et chercheurs. La Sorbonne est mandataire et gestionnaire de nos ouvrages mais le  Québec en demeure propriétaire.

La salle de la Clef, dans laquelle se trouve la BGM, comporte deux bibliothèques en une puisque vous avez la BGM, d’un côté, et les littératures du monde anglophone de l’autre. Cela peut parfois prêter à confusion ! En 2020, nous déménagerons au sein du nouveau campus de la Sorbonne Nouvelle, métro Nation.

Qui compose le public de la BGM ?

La BGM est fréquentée majoritairement par des étudiants, mais aussi par des chercheurs, ainsi que par le grand public puisqu’on peut tout à fait accéder gratuitement à la BGM même si on n’est pas étudiant à la Sorbonne. Notre public est essentiellement français, même si on reçoit quelques Québécois. Quand ils ne sont pas étudiants ou chercheurs, ces Français sont des amoureux, des passionnés du Québec. On échange également avec des chercheurs en province, ou en Europe, qui peuvent avoir besoin de nos ressources. Nous faisons d’ailleurs du prêt entre bibliothèques d’universités et pouvons donc envoyer nos livres à l’étranger.

De quelles ressources en ligne peut-on disposer si l’on ne peut pas se rendre à la BGM ?

Concernant les ressources en ligne dédiées à la production écrite québécoise, la plateforme Érudit est un outil très précieux, dont nous nous servons beaucoup à la BGM. Il s’agit d’une base de données sur laquelle on retrouve plus de 250 périodiques québécois. On peut consulter tous les numéros. On peut également consulter la BAnQ (prononcer en détachant toutes les lettres), la bibliothèque en ligne des archives nationales du Québec ; qui est un peu le Gallica québécois. Toute la presse québécoise, depuis la création des premiers journaux, y est numérisée et on y trouve aussi des textes québécois tombés dans le domaine public. Au Québec, la numérisation et l’archivage des ressources demeure un phénomène encore récent mais notre contenu culturel, libre de droit, est en passe d’être totalement numérisé.

 

Quand on lit des essais sur la littérature québécoise, on a le sentiment, vu de France, qu’il y a un réel complexe du côté des auteurs québécois. Est-ce vrai, est-ce quelque chose que vous avez observé, ressenti ?

Je pense que c’est quelque chose qui a été vrai, et qui l’est de moins en moins. La situation du Québec est très particulière, géographiquement, culturellement, historiquement. C’est une enclave francophone en Amérique – cela peut passer pour un lieu commun, mais c’est vrai. Géographiquement, le Québec est nord-américain, mais culturellement, il est très attaché à la France, et la langue française est au cœur de notre identité québécoise. Si complexe il y a, c’est peut-être dans notre difficulté à nous positionner. Sommes-nous français ? Somme-nous nord-américains ? Ni l’un ni l’autre, en réalité. Aujourd’hui, nous acceptons ces influences françaises et nord-américaines – elles nous ont véritablement forgés – mais nous acceptons l’idée que le mélange de ces deux influences ait donné une nouvelle chose. Désormais nous affirmons et revendiquons notre identité québécoise.

Y-a-t-il eu des influences de cultures autochtones ?

Il y a eu trop peu de contacts entre les Blancs et les Amérindiens pour parler d’une réelle influence. La relation entre Blancs et Amérindiens s’est longtemps inscrite dans un rapport de force. C’est en train de changer depuis dix à vingt ans. Beaucoup d’auteurs autochtones sont aujourd’hui publiés, diffusés, entendus, et la culture autochtone, tend à pleinement s’affirmer elle aussi aujourd’hui, avec ses mots à elle. La littérature autochtone est vraiment intéressante et il est grand temps d’entamer de réels échanges culturels entre nous.

Comment cette revendication de l’identité québécoise se traduit-elle sur le plan éditorial ?

Cette évolution est très palpable sur le plan éditorial : aujourd’hui les jeunes auteurs québécois sont totalement affranchis des modèles littéraires et culturels français, comme américains.

Peut-on dater, situer la naissance d’une littérature authentiquement québécoise ?

Il faut savoir que le premier roman véritablement québécois est Les Anciens Canadiens de Philipe Aubert de Gaspé. Lui et son fils,  Philipe Aubert de Gaspé, fils, sont souvent considérés comme les premiers bâtisseurs d’une littérature authentiquement québécoise, et cette littérature arrive dans la seconde moitié du XIXème siècle. C’est très tardif, et cela veut dire que de 1534 – l’année de la découverte du Canada – jusqu’aux années 1850, les auteurs de la Nouvelle-France écrivaient pour les Français demeurés en France. Ces lettres, ces récits, de coureurs de bois ou de religieux, étaient destinés à témoigner de la vie au Québec. Comme la Nouvelle-France était une entreprise de colonisation, il fallait que des écrits puissent rendre des comptes, auprès de la France, puis de l’Angleterre, de ce qu’il s’y passait.

Le premier livre véritablement destiné aux personnes sur place, et publié sur place, c’est celui de Philippe Aubert de Gaspé.

Je suppose que la vague du roman du terroir, du roman national, fut nécessaire dans la construction de cette identité ?

Tout à fait. Le roman du terroir, comme toute cette mouvance littéraire nationale furent un passage obligé. À l’époque, les valeurs traditionnelles (la religion catholique, la terre, la famille et la langue française) étaient littéralement inscrites dans l’ADN des Québécois – qu’on n’appelait d’ailleurs pas encore les Québécois.

Les habitants de la Nouvelle-France furent appelés « Canadiens Français » jusque dans les années 1950-1960, et l’émergence du terme de « Québécois » est très parlante. Rendez-vous compte que jusqu’à tout récemment, on se désignait en fonction des deux pays auxquels nous étions rattachés, par la géographie et la culture. Tandis qu’être et se faire appeler Québécois, c’est se donner une identité, un territoire et identifier sa communauté. Rappelons aussi que les Canadiens français, il y en a un peu partout  au Canada, mais surtout au Manitoba, en Ontario, énormément au Nouveau-Brunswick. Cette réalité nationale est contrastée, complexe, et être canadien français, ce n’est pas nécessairement être québécois.Les Canadiens francophones sont donc des communautés linguistiques aux identités propres.Elles ont chacune leur littérature.

Ce qui est drôle, c’est que dans certains manuels scolaires des années 1990 que j’ai utilisés, il y avait des chapitres consacrés à la littérature québécoise. On y trouvait Anne Hébert, mais aussi Antonine Maillet… qui n’est pas québécoise mais acadienne, comme si les manuels français assimilaient tous les Canadiens francophones aux Québécois.

Antonine Maillet, on se l’est approprié ! Au Québec, on sait qu’elle est acadienne. L’Acadie et le Québec sont très proches, ils sont limitrophes, et il y a eu beaucoup d’échanges entre ces deux cultures. Mais je pense que le Québec fait beaucoup cela : quand cela nous plaît bien, on aime dire que c’est québécois ! On s’est ainsi approprié Gabrielle Roy. Or, si on faisait un sondage, dans la rue, au Québec, on se rendrait sans doute compte que très peu de personnes savent que Gabrielle Roy est en réalité franco-manitobaine.  Le Québec a peut-être cette tendance-là à absorber les autres littératures franco-canadiennes. Mais Gabrielle Roy a vécu au Québec et écrit sur le Québec, c’est donc assez naturel de la considérer comme une Québécoise alors qu’Antonine Maillet n’a pas vécu au Québec, et a écrit sur l’Acadie.

Comment décrire le monde de l’édition au Québec ?

Tout d’abord, je dirais qu’il est plus facile de définir un paysage éditorial qu’une littérature.

Dans l’entreprise de « décomplexisation » dont on parlait tout à l’heure, beaucoup d’éditeurs québécois cherchent à être reconnus à part entière, comme des éditeurs de qualité, et à percer le marché éditorial français en se positionnant comme n’importe quel autre éditeur. Ces éditeurs ne veulent plus qu’on présente leurs livres comme des livres essentiellement québécois, dont la qualité première, et presque unique, serait d’être québécois, et qu’on lirait en France simplement parce qu’il y a des affinités entre la France et le Québec. Un livre peut avoir été écrit n’importe où et avoir une qualité littéraire intrinsèque, et un livre québécois peut parler d’autre chose que de neige ou de grands territoires – même si la neige et les grands territoires, c’est très bien ! Il y a donc des éditeurs qui jouent dans la cour des grands. Je pense à des éditeurs comme La Peuplade, Le Quartanier.

Mais il y a aussi des éditeurs qui ont une autre stratégie de mise en marché. Je pense par exemple aux éditions Alto, un jeune éditeur extrêmement reconnu au Québec, qui essaie de vendre les droits d’auteurs à des éditeurs français afin d’avoir le plus de visibilité possible sur le marché français. Autre exemple, Audrée Wilhelmy est éditée au Québec chez Leméac et en France chez Grasset. Dany Laferrière, lui, est édité chez Gallimard et Grasset. Ainsi, des partenariats entre les maisons françaises et les maisons québécoises se créent, et les maisons peuvent même s’échanger des auteurs.

Nous parlions plus tôt de littératures autochtones. Une des toutes premières maisons à avoir publié des auteurs autochtones est Mémoire d’encrier. Il y a de quoi sourire puisque le fondateur de cette maison, Rodney Saint-Eloi est d’origine haïtienne et c’est lui qui a révélé plusieurs voix importantes de ces cultures : Joséphine Bacon, Naomi Fontaine, Natasha Kanapé Fontaine, Louis-Karl Picard-Sioui, entre autres. Il fallait peut-être quelqu’un de l’extérieur pour nous révéler une richesse qui était juste sous nos yeux !

Pour les éditeurs qui ne nouent pas de partenariat avec les maisons d’édition étrangères, comment s’opère la diffusion à l’extérieur du Québec ?

La librairie du Québec, à Paris, assure une distribution des livres québécois en France. Aussi, les éditeurs québécois participent beaucoup aux salons internationaux. Il y a aussi des programmes de mobilité afin que des libraires français se rendent au salon du livre de Montréal pour consolider les liens entre la France et les Québec. C’est l’ANEL, l’association nationale des éditeurs de livres, qui est, au Québec, à l’origine de plusieurs de ces initiatives.

Si vous deviez définir la littérature québécoise actuelle, qu’en diriez-vous ?

Je dirais que c’est une littérature assez audacieuse, mais l’audace vient aussi des éditeurs qui osent publier beaucoup de premiers romans, beaucoup de textes avec une langue qui n’est pas la langue française habituelle. Les sujets abordés peuvent être tabous, polémiques. Elle englobe les cultures française, américaine, les intègre, et c’est ce qui fait qu’elle est québécoise.

La littérature québécoise contemporaine est très diversifiée dans ses thèmes, ses formes, ses genres et sa langue. Si les décennies 1960 à 1980 ou même 1990 ont été marquées par une exploration formelle parfois déroutante, voire même hermétique, les auteurs actuels arrivent à un métissage plus maîtrisé. C’est une littérature qui est poreuse, qui mélange souvent les niveaux de langues, qui multiplie les genres, les modes de narration, les degrés de réalité au sein d’un même récit. Elle échappe à une définition qui serait contraignante parce qu’elle est d’une grande liberté. Même au sein des maisons d’édition, on peut retrouver des livres de différents genres sans que cela ne soit inscrit au sein d’une collection. Par exemple, un roman de science-fiction chez Alto (Sous béton de Karoline Georges), ou les essais de Martine Delvaux chez Héliotrope.

Il y aussi une tendance très forte depuis quelques années où les jeunes auteurs effectuent un  »retour à la terre ». On assiste à une modernisation du roman du terroir. Je pense à La Scouine de Gabriel Marcoux-Chabot (inspiré du roman d’André Laberge), au Livre de bois de Jean-Philippe Chabot et même à La fiancée américaine d’Éric Dupont qu’on peut rapprocher de cette tendance. Il y a une réappropriation de la tradition orale, de l’héritage, une fierté à situer ses intrigues dans les régions éloignées (qui sont très souvent, comme par hasard, la région d’origine de l’auteur…)

Pour en arriver à ce retour, je pense qu’il a fallu s’éloigner, prendre du recul, explorer et ensuite se réapproprier ses racines, ses origines. Avec fierté, avec panache !   Cela n’offre pas une définition de la littérature québécoise, mais c’est certainement une tendance.  Il y a aussi la littérature jeunesse, mais c’est une autre histoire !

Quels auteurs recommanderiez-vous pour découvrir la littérature québécoise ?

Parmi les auteurs classiques, Gabrielle Roy et Anne Hébert sont importantes. J’ai récemment relu La petite poule d’eau. C’est très beau. Anne Hébert, elle, est étonnamment moderne, dans son style comme dans ses thématiques.

Michel Tremblay me paraît un incontournable ! Toute son œuvre s’attache à décrire le Québec ouvrier, à travers des reconstitutions historiques qui sont toujours intéressantes. Il parle beaucoup de la condition de la femme et lui donne une place centrale dans son œuvre. Il est aussi un des premiers à avoir écrit en joual, ce parler des ouvriers de Montréal. Son but, c’était d’écrire dans une langue que les Québécois utilisaient, qui les représentaient, dans ses romans mais également au théâtre. Jusqu’ici, les Québécois jouaient des pièces dans lesquels des personnages québécois parlaient une langue qui n’était pas la leur ! Michel Tremblay a osé franchir ce pas. Je pense que cela aurait fini par se faire sans lui, par la force des choses, mais, pour toutes ces raisons, Michel Tremblay est mon chouchou (rires).

Dans la littérature actuelle, il y a Kevin Lambert, dont on a beaucoup parlé récemment. C’est un jeune écrivain qui a écrit deux romans, et le deuxième, Querelle de Roberval, a été réédité en France chez Le Nouvel Attila. Il s’agit d’un hommage, ou d’une sorte d’emprunt à Querelle de Brest de Jean Genet. C’est un roman sur la lutte des classes à travers l’évocation d’une grève dans une scierie au bord du lac Saint-Jean. Les tensions sont fortes et les enjeux socio-économiques majeurs. Querelle, le personnage principal, arrive de Montréal et fascine tout le monde. Kevin Lambert arrive à instaurer une tension à la fois sociale et érotique – entre plusieurs personnages. Son écriture, magistrale, est très travaillée, et c’est d’une grande beauté.

J’aime aussi beaucoup Nelly Arcan, dont on a beaucoup reparlé récemment puisque 2019 marque les dix ans de son suicide. Les éditions du Seuil ont ressorti une édition de son premier roman Putain. C’est une écrivaine immense, qui avait déjà compris et exposé, entre 2002 et 2009, des enjeux sociaux extrêmement modernes, qu’il s’agisse de l’image de la femme, de la surexposition de notre vie privée sur les réseaux sociaux, et de la façon dont on existe à travers ce prisme-là. Il faut la relire en mettant à distance, et en comprenant la profondeur du tourment qui était le sien, et qu’elle mettait en scène par le biais de l’autofiction.

Les écrivaines québécoises ne sont-elles pas féministes ?

Plutôt, si. Le Québec est assez féministe et l’égalité entre les hommes et les femmes est très importante. Les Québécoises, quand elles viennent en France, peuvent être assez surprises par certains comportements masculins, tout comme les Français, quand ils se rendent au Québec, peuvent être déroutés par l’attitude des Québécoises  (sourire). Le féminisme québécois s’est exprimé en littérature, notamment dans les années 1970 autour de collectifs d’écrivaines. Aujourd’hui, la revendication est peut-être moins explicite, mais tout aussi palpable.

Cette importance du féminisme peut paraître étonnante quand on connaît l’emprise qu’a exercée l’Église sur votre culture.

Cela peut paraître étonnant, mais une fois que la question de l’Église, grâce à la Révolution tranquille, a été « réglée », les Québécois se sont totalement affranchis de l’Église. Je pense que pour la génération des femmes qui ont aujourd’hui entre 60 et 70 ans et ont été élevées dans le péché, la culpabilité, et la peur d’aller en enfer, l’affranchissement a été plus compliqué.

Entretenait-on vraiment cette peur du péché, de l’enfer, ou est-ce lié à une vision fantasmée de la Grande Noirceur ?

Cette peur était bien réelle, et très ancrée. Maurice Duplessis, le chef d’État pendant la Grande Noirceur, a été assez diabolisé depuis l’époque, mais quand on se penche sur cette période, on réalise que lui et même l’Eglise ont fait beaucoup de choses positives pour le Québec. C’est quand même l’Eglise qui a assuré l’éducation et la santé de tout un peuple pendant 300 ans. Il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain, ou croire que tout était horrible avant, et que tout est devenu subitement merveilleux ! Non, la Révolution tranquille ne nous a pas sauvés de l’affreux Maurice Duplessis (rires) ! C’est beaucoup plus nuancé, et je pense que si nous, Québécois, manquons parfois de nuances c’est parce que nous connaissons assez mal notre histoire, ou du moins manquons de recul sur elle. Nous sommes encore très manichéens sur ces questions-là. Tout comme sur la question de l’indépendance où il faut se prononcer pour ou contre, ce qui laisse peu de place à la nuance, à la réflexion, à la discussion.

 

Pour en savoir plus

Bibliothèque Gaston-Miron

Un immense merci à Anne-Isabelle Tremblay, responsable de la Bibliothèque Gaston-Miron (BGM) à la Sorbonne Nouvelle.

© Bibliothèque Gaston-Miron

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Le tour de France des plus belles bibliothèques et médiathèques municipales

Vous l’aurez compris dans mon dernier article consacré aux bibliothèques de la ville de Paris, je suis une amoureuse des bibliothèques municipales et je n’hésite pas à traverser Paris pour m’y rendre. De même, lorsque j’arrive dans une ville que je ne connais pas, j’aime visiter sa ou ses bibliothèques et médiathèques, et je commence à en connaître un certain nombre. Ainsi, je vous convie à un tour de France des bibliothèques et médiathèques municipales en mettant en avant des établissements incontournables, audacieux, parfois récents et toujours beaux, qui vous donneront, je l’espère, une furieuse envie d’aller à la bibliothèque ! Cette liste est bien sûr tout sauf exhaustive et éminemment subjective. Vous aimeriez que la bibliothèque municipale que vous fréquentez y figure ? N’hésitez pas à me laisser un commentaire, je me ferai un plaisir de la rajouter !

 

Antilles

Fort-de-France

Bibliothèque Schœlcher : située dans un bâtiment classé monument historique, la bibliothèque, magnifique, possède de véritables trésors tels qu’un exemplaire de Quatrevingt-treize dédicacé par Victor Hugo, un Code noir ainsi qu’un traité de navigation en latin du XVIIème  siècle. La bibliothèque possède aussi un important fonds antillais. Le site de la bibliothèque propose une visite du bâtiment.

Auvergne-Rhône-Alpes

Chambéry

Médiathèque Jean-Jacques Rousseau : cette médiathèque circulaire, accolée au Carré Curial, offre une vue imprenable sur les toits de Chambéry et la montagne. Sa grande hauteur sous plafond et sa façade entièrement vitrée en font un lieu très agréable.

Lyon 

Bibliothèque du 5ème, Saint-Jean : nichée au cœur du quartier historique de Lyon, la bibliothèque est située depuis 1909 dans le Palais Saint-Jean, ancienne demeure des évêques. La bibliothèque conserve les traces de cette histoire, avec une belle hauteur de plafond abritant les anciennes coursives de livres, des tapisseries et du mobilier d’époque.

Lezoux

Médiathèque entre Dore & Allier : au-delà de la beauté de son bâtiment, cette médiathèque vaut le détour ! Une médiathèque incroyable qui organise de nombreux événements, une médiathèque dont vous êtes le héros et qui implique pleinement ses usagers, comme en témoigne leur activité sur les réseaux sociaux. À découvrir !

Moulins

Médiathèque communautaire de Moulins : inaugurée en 2013, la médiathèque a été primée un an plus tard pour son espace intérieur dans le cadre du Grand prix des bibliothèques francophones, décerné chaque année par le magazine Livres Hebdo et un jury de professionnels. C’est Amélie Nothomb qui présidait le jury cette année-là. Un fonds patrimonial est accessible au premier étage de l’établissement, qui se veut un lieu multiculturel et intergénérationnel.

Bourgogne-Franche-Comté

Montceau-les-Mines

Médiathèque de Montceau-les-Mines : une médiathèque magnifique et au catalogue impressionnant que j’ai fréquentée avec un bonheur infini ! Le bâtiment à l’architecture contemporaine – réhabilitation de réhabilitation de l’ancien bâtiment des houillères – s’inscrit parfaitement dans le paysage de la ville.

Dole

Hôtel-Dieu de Dole © Wikimedia

Médiathèque de l’Hôtel-Dieu : cette médiathèque dynamique est située dans le bâtiment de l’ancien hôtel-Dieu, magnifique et chargé d’histoire.

Bretagne

Brest

Médiathèque François Mitterrand – Les Capucins : située dans le bâtiment du XIXe siècle qui abritait les ateliers de mécanique de la marine nationale dans le quartier des Capucins, la médiathèque a été inaugurée en 2017. Notamment desservie par le téléphérique, cette médiathèque a une identité architecturale très forte et a su parfaitement tirer parti de la fonction du bâtiment d’origine. À découvrir absolument !

Saint-Malo

La médiathèque de La Grande Passerelle : située dans le quartier de la gare, au sein d’un espace culturel majeur, la Grande Passerelle, cette médiathèque aux allures de paquebot déploie ses services sur 3000 m2. Inauguré en 2015, le bâtiment, en verre, est particulièrement séduisant.

Centre-Val-de-Loire

Orléans

Médiathèque d’Orléans : par son emplacement et sa structure, la médiathèque a constitué un véritable défi architectural. A l’intérieur, les escaliers orange sont très originaux, et frappent par leur couleur vive. Les immenses façades vitrées offrent une vue imprenable sur la ville, notamment du quatrième étage.

Sainte-Luce-sur-Loire

Médiathèque-ludothèque René Goscinny : une médiathèque très fournie qui, une fois n’est pas coutume, fait aussi office de ludothèque ! Inauguré en 2006, l’établissement séduit par son esthétique sur pilotis, son jeu de matériaux entre verre et bois. La médiathèque s’inscrit également dans une démarche environnementale matérialisée, en outre, par une végétation filtrant l’eau de pluie sur le toit.

Tours 

Bibliothèque municipale ou bibliothèque Centrale : située au bord de la Loire, cette bibliothèque, construite entre 1954 et 1957, est un bâtiment inscrit au titre des Monuments historiques.

Grand-Est

Charleville-Mézières 

Médiathèque Voyelles : Le nom de la média­­thèque est un hommage à Arthur Rimbaud, originaire de la ville, et fait réfé­­rence à son poème « Voyelles ». Outre son fonds général, la médiathèque conserve des collections anciennes (du Moyen Âge au 19e siècle) et des fonds spécialisés, notamment sur Rimbaud et les Ardennes. L’établissement organise de nombreux événements et est une réussite architecturale.

Nancy 

Médiathèque-Manufacture : Réhabilitée en 2016 après six mois de travaux, la médiathèque est organisée en différentes zones distinctes mais non cloisonnées, et permet de nouvelles pratiques autour du numérique.

Strasbourg

Médiathèque André Malraux : Inauguré en 2008, cet établissement, immense, pareil à un paquebot, est la plus grande bibliothèque publique de l’est de la France. Il résulte de la réhabilitation d’un ancien bâtiment portuaire et témoigne du passé de Strasbourg. L’atmosphère industrielle du lieu a été totalement conservée par les architectes.

Hauts-de-France

Compiègne

Bibliothèque Saint-Corneille, Compiègne © Intagram

Bibliothèque Saint-Corneille : cette bibliothèque est absolument magnifique ! Réhabilitée en 2007, la bibliothèque est installée dans les vestiges de l’abbaye Saint-Corneille, en plein centre historique de la ville. Elle mélange subtilement vieilles pierres et verrière contemporaine et offre une vue remarquable sur la ville. Outre le fonds général conséquent, on y trouve 20 000 documents patrimoniaux ainsi que 4260 trésors issus de sa Réserve Précieuse.

Grenay

Médiathèque-Estaminet : Située en plein centre-ville, cette superbe médiathèque se veut un véritable lieu de vie, proposant de nombreuses animations. Le site de la médiathèque propose une visite virtuelle de l’établissement.

La Madeleine

Médiathèque de La Madeleine : inaugurée en novembre 2013 après deux ans de travaux et la réalisation d’une extension, la médiathèque se trouve dans un immense et superbe bâtiment blanc, le bâtiment Édouard Descamps qui abritait initialement les œuvres sociales de la ville, notamment des bains-douches. La bibliothèque est un immense espace décloisonné, à l’intérieur duquel le blanc et la clarté dominent.

Lesquin 

Médiathèque de Lesquin : Située au cœur du magnifique Centre culturel Dany Boon de Lesquin, la médiathèque est extrêmement dynamique.

Ile-de-France

Brunoy

Le Nuage Bleu, Médiathèque Tomi Ungerer : une superbe bibliothèque à taille humaine, qui a été rénovée en 2016. Un habillage métallique aux allures de moucharabieh donne à cet établissement un cachet authentique et singulier. Une de mes médiathèques préférées qui propose pas moins de 45000 documents.

Médiathèque François Villon, Bourg-la-Reine © Pinterest

Bourg-la-Reine

Médiathèque François Villon : inaugurée en février 2015, cette médiathèque a été primée quelques mois plus tard pour son espace intérieur dans le cadre du Grand prix des bibliothèques francophones, décerné chaque année par le magazine Livres Hebdo et un jury de professionnels. Ce bâtiment élégant est construit sur une opposition entre l’opacité de façades en pierres et la luminosité des parois vitrées.

La Courneuve

Médiathèque Aimé Césaire : implantée dans les anciennes usines Mécano, cette médiathèque témoigne superbement du passé industriel de la ville. Le nom de « Mécano », en lettres argentées sur fond doré, se détache sur la façade de l’établissement. Un endroit étonnant à découvrir !

Le Kremlin-Bicêtre

L’écho médiathèque : une médiathèque qui ne pourra pas laisser indifférent ! Cette médiathèque apparaît, à l’extérieur, comme un immense bloc rouge. À l’intérieur, c’est un sol noir ainsi qu’une grande clarté qui emportent l’adhésion.

Nouvelle-Aquitaine

Angoulême 

L’Alpha : ouverte en 2015, c’est une magnifique médiathèque que je fréquente régulièrement. Située en face de la gare d’Angoulême (on peut la voir depuis les quais), elle est constituée de plusieurs blocs de couleur et se présente comme un véritable lieu de vie, avec auditorium, café, et toboggan pour accéder à certains étages ! Des scènes du film Lola et ses frères, de et avec Jean-Paul Rouve, y ont été tournées.

Bordeaux

Bibliothèque Mériadeck : d’une superficie de 8000 m2 , il s’agit une des plus grandes bibliothèques municipales de France. D’octobre à mai, la bibliothèque est ouverte le dimanche. Elle propose de nombreuses animations et son pôle Enfants est plébiscité.

La Rochelle 

Médiathèque Michel Crépeau : tête de pont des médiathèques de l’agglomération de La Rochelle, cet établissement est idéalement placée face au port et aux fameuses tours rochelaises et offre une vue des plus agréables. Son fonds est très conséquent.

Limoges 

Bibliothèque Francophone Multimédia : communément appelée BFM, elle est située en centre-ville, à côté de l’hôtel de ville qui vaut lui aussi le détour. Son architecture est imposante et audacieuse et son fonds extrêmement riche. La BFm dispose d’un pôle francophone d’environ 25000 ouvrages et s’affirme comme la bibliothèque de référence en matière de littérature francophone en France.

Mourenx

Médiathèque intercommunale Le Mix : cette médiathèque fait partie d’un centre culturel important, Le Mix, et se veut le fer de lance d’un pôle lecture qui regroupe 21 bibliothèques réparties sur l’ensemble du territoire Lacq-Orthez. Très dynamique, cette médiathèque a été inaugurée en mai 2016.

Poitiers 

Médiathèque François Mitterrand : inaugurée en 1996, elle est située dans le centre-ville médiéval de Poitiers. Une artothèque est disponible à l’étage pour emprunter des tableaux, peintures, photos d’artistes, et la médiathèque propose également un pôle d’excellence documentaire consacré au Moyen Âge, en partenariat notamment avec la BNF.

Terrasson-Lavilledieu

Médiathèque Simone Veil : ce séduisant bâtiment en inox, béton, verre et acier avec un toit végétalisé et un système de récupération des eaux de pluie a été réalisé en 2012. La médiathèque propose près de 20 000 documents.

Normandie

Cherbourg

Bibliothèque Jacques Prévert : première bibliothèque publique du département et la deuxième de la région Basse-Normandie, la bibliothèque inaugure ses nouveaux locaux en 2015 dans le bâtiment rénové du centre culturel, appelé le Quasar.

Bibliothèque Oscar Niemeyer, Le Havre ©Instagram

Le Havre

Bibliothèque Oscar Niemeyer : inaugurée en 2015, cette bibliothèque, située dans ce que les Havrais appellent « le petit Volcan », est célèbre pour la forme de son bâtiment, bien sûr, et pour faire partie de l’ensemble architectural conçu par l’architecte brésilien Oscar Niemeyer. Très active sur les réseaux sociaux, la bibliothèque organise de nombreux événements.

Verneuil-sur-Avre

Médiathèque Jérôme-Carcopino : installée dans une maison classée Monument historique, il s’agit d’une médiathèque au cachet indéniable et qui gère un fonds important.

 

 

Occitanie

Albi

Médiathèque Pierre Amalric : inaugurée en 2001, la médiathèque porte le nom d’un ophtalmologiste albigeois passionné de bibliophilie. Implanté au centre-ville d’Albi dans le vallon de Merville, le bâtiment a la forme d’un embarcadère et est très lumineux.

Toulouse

Bibliothèque d’étude et du patrimoine, Toulouse © Instagram

Bibliothèque d’étude et du patrimoine : bien que son fonds soit avant tout destiné aux étudiants et qu’on ne puisse pas emprunter, mais seulement consulter, cette bibliothèque municipale est accessible à tous et j’y ai plusieurs fois travaillé. Idéalement située en centre-ville, elle offre un cadre de travail idéal, avec son parquet, ses tables en bois et lampes individuelles, ses baies vitrées, son dôme et sa hauteur sous plafond. Une atmosphère intemporelle.

Médiathèque José Cabanis : la plus grande médiathèque de Toulouse est un bâtiment en bois et en terre cuite, que l’on reconnaît de loin et qui s’intègre très bien dans les couleurs de la ville ! Organisée en plusieurs étages et pôles, elle comporte notamment un pôle, L’œil et la lettre, dédié à tous les handicaps. La médiathèque est ouverte le dimanche.

 

Pays de la Loire

Couëron

Médiathèque Victor-Jara : cette magnifique médiathèque située sur les bords de Loire est installée dans les locaux d’une ancienne usine à plomb superbement réhabilitée.

Nantes

Médiathèque Lisa-Bresner : avec sa façade colorée, et son « médiathèque » qui se découpe en lettres blanches, impossible de la manquer ! Cette médiathèque récente est un véritable établissement de proximité, apprécié pour son accueil et son fonds important.

Provence-Alpes-Côte d’Azur

Aix-en-Provence

Bibliothèque Méjanes : reconnaissable par son entrée constituée de livres géants ( Le petit prince  et L’étranger enserrent Le malade imaginaire), cette bibliothèque est située dans une ancienne manufacture d’allumettes. Depuis 1993, elle est le cœur de la Cité du Livre, un lieu associatif où se croisent de multiples propositions en matière de culture, de loisirs, d’information et de formation.

Marseille 

Bibliothèque de L’Alcazar : implantée sur le site du mythique music-hall dédié à la chanson française, la bibliothèque est un bâtiment moderne, esthétique, tout en transparence.  La bibliothèque propose près d’un million de documents ainsi que des fonds précieux. Il s’agit d’un des lieux de recherche et d’étude les plus complets de la ville. ­

Saint-Vallier-de-They

Médiathèque municipale : nichée au cœur d’un village provençal lui-même situé sur la route Napoléon, la médiathèque fait partie d’un pôle culturel fort. Le bâtiment, moderne, spacieux et agréable, s’inscrit pleinement dans le paysage.

Saint-Zacharie 

Bibliothèque municipale : comme échappée d’un conte ou d’un film de Jacques Demy, cette bibliothèque est immédiatement reconnaissable par ses murs roses et volets verts !

Bibliothèque de Saint-Zacharie © Instagram

 

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Vous avez aimé cet article ? Vous aimerez sûrement Bibliothèques de Paris, mon amour.

© Bibliothèque de l’Alpha, Angoulême