Bibliothèques de Paris, mon amour

 

Chères bibliothèques de la ville de Paris, cela fait bien 28 ans que je vous fréquente, et vous êtes, à ce jour, ma plus longue relation. Ma plus belle histoire d’amour c’est vous. Je vous ai connues progressivement, d’abord avec une carte rose, en carton, qui s’est un jour transformée en une carte bleue, en plastique, qui, depuis des années, ne quitte jamais mon sac. Vous m’avez connue écolière, collégienne, lycéenne, étudiante, jeune femme active, enceinte jusqu’au cou. Aujourd’hui, je viens avec ma fille et celle-ci devait avoir à peine huit mois lorsque j’ai fait faire une carte à son nom ! Je me souviens des J’aime lire et Tom-Tom et Nana que j’ai empruntés. Je me souviens du Dictionnaire des personnages que j’ai découvert, émerveillée, quand j’étais en troisième. Je me souviens de mes trajets pour aller à la bibliothèque Jean-Pierre Melville quand la ligne 14 n’existait pas. Je descendais métro Glacière, et il fallait marcher longtemps. Je me souviens de Moi, Charlotte Simmons que j’étais allée chercher à la bibliothèque Saint-Fargeau, loin, très loin de chez moi ;  et de tous ces trajets où j’ai traversé Paris pour une nouveauté que je préférais emprunter plutôt qu’acheter. Je me souviens du jour où j’ai demandé à ma mère et ma sœur de se faire une carte car, préparant le Capes, je ne pouvais jamais assez emprunter. Je me souviens de mon émerveillement quand j’ai découvert les bibliothèques Chaptal et Marguerite Duras. Je me souviens de la stupeur de mes élèves de seconde quand ils avaient réalisé que la bibliothèque Maurice Genevoix, où je les avais emmenés, proposait des livres mais aussi des CD et BD. Je me souviens de tous ces livres que j’ai fait venir de la Réserve centrale et sans lesquels je n’aurais jamais pu écrire le Dictionnaire des prénoms littéraires. Je me souviens…

Cartes de bibliothèques de la ville de Paris @Sarah Sauquet

 

J’aime que l’accès à la culture soit le plus large possible et j’aime que le prix d’un livre ne soit pas à un frein à sa découverte, et c’est pourquoi défendre les bibliothèques, et les bibliothécaires, me semble aussi important que défendre les librairies. Si j’emprunte autant et achète peu, comme en témoigne mon compte Instagram (toutes mes lectures ou presque proviennent de bibliothèques…), c’est autant par manque de place que par éthique. Emprunter des livres et fréquenter une bibliothèque la fait vivre ; et si le service culturel qu’offrent les bibliothèques et médiathèques venait à disparaître, je serais littéralement effondrée. Les bibliothèques sont pour moi des havres de paix, des cathédrales, à tel point que lorsque j’arrive dans une ville que je ne connais pas, j’aime visiter la bibliothèque municipale de la ville. D’ailleurs, à ce sujet, la médiathèque Tomi Ungerer de Brunoy, dans l’Essonne, est une merveille.

Entourée de nombreux lecteurs, je m’étonne toujours de voir si peu de personnes fréquenter les bibliothèques, et nombreux sont les préjugés qui entourent ces dernières. Parce qu’on y trouve toutes les nouveautés (mais oui !!), qu’on y fait de très belles découvertes, et que je rêve de voir une armée d’instagrameurs s’y inscrire, j’ai souhaité vous en dire plus….

Comment s’y inscrire ?

Comme expliqué sur le site officiel, l’inscription est rapide, ouverte à tous, Parisien ou non. Il vous suffit de remplir un formulaire et d’apporter une pièce d’identité. Cette inscription est gratuite si vous choisissez de n’emprunter que des livres. Il vous faudra payer pour emprunter des CD et DVD, mais les tarifs sont tels que l’investissement peut être très vite rentabilisé.

À noter que je n’évoquerai pas ici les 16 bibliothèques patrimoniales et spécialisées. J’y reviendrai dans un autre article.

Combien de documents emprunter et pour combien de temps ?

Vous pouvez emprunter, par carte, 40 documents dont 20 dans la même bibliothèque, ce qui est, bien sûr, très important. À l’exception de certaines nouveautés dont je reparlerai plus bas, les documents sont empruntables pour 3 semaines, et ce délai est renouvelable 2 fois par Internet. En cas de retard de plus de 7 jours, votre carte se bloque et vous ne pouvez plus emprunter. C’est pour cela qu’il est intéressant de consulter régulièrement son compte. À noter que quelques jours avant la date de retour, vous recevez un mail. Rien de plus facile, alors, de prolonger vos emprunts. Les retours se font dans la bibliothèque d’origine.

Comment consulter le catalogue et se créer un compte ?

Le catalogue est accessible via ce lien (il suffit de taper sur son monteur de recherche  « Catalogue des bibliothèques de la ville de Paris »). Pour vous créer un compte rentrez votre numéro de carte et votre date de naissance. Vous y retrouverez vos emprunts, et réservations.

 

Compte lecteur sur les bibliothèques de la ville de Paris

Comment faire si le document que je souhaite est emprunté ?

Deux solutions : le réserver et patienter, ou alors faire du « tourisme de bibliothèque » et aller le chercher dans un autre établissement ! Si le document est disponible à la Réserve centrale, vous pouvez aussi le faire venir dans la bibliothèque de votre choix. Les délais sont rapides.

Que trouve-t-on dans ces bibliothèques ?

Le fonds des 57 bibliothèques est absolument considérable, et certaines d’entre elles peuvent avoir une spécialité, en plus de leur fonds général. Germaine Tillon est par exemple spécialisée dans le tourisme (plus besoin d’acheter les guides de voyage qu’on utilise une seule fois…), André Malraux est spécialisée dans le cinéma, Buffon dans la littérature.

Les bibliothèques proposent de la presse quotidienne et hebdomadaire, des MOOC, elles organisent aussi des rencontres, expositions et événements, à retrouver sur leur agenda.

En tant que lectrice assidue et au courant de l’actualité littéraire, que m’apportent les bibliothèques ?

Sans certaines bibliothèques, je n’aurais peut-être pas découvert les romans de Rachel Vanier, Michael Uras, ou le somptueux On va déguster la France de François-Régis Gaudry.

La vie vous fait aussi de très jolis clins d’œil : récemment, j’ai écouté le neuvième épisode de La Page blanche, le très joli podcast littéraire d’Emilie Deseliene. Anne-Laure Bondoux, que je ne connaissais pas, en était l’invitée pour son roman Valentine ou la belle saison. Il était mis en avant à la bibliothèque dans laquelle je me suis rendue, le lendemain. Un signe qu’il fallait que je l’emprunte et le lise !

C’est aussi une grande joie de retrouver par surprise les livres de mes amis, comme ce fut avec le cas avec celui d’Agathe Ruga, Sous le soleil de mes cheveux blonds, ou alors de tomber sur ses propres livres ! Un prénom de héros et d’héroïne, mon dictionnaire des prénoms littéraires est ainsi disponible, comme La première fois que Bérénice vit Aurélien, elle le trouva franchement con. Les savoir en bibliothèque m’a à chaque fois fortement émue.

Y-a-t-il des nouveautés ?

A crier dans les ruines, d’Alexandra Koszelyk

Tout à fait ! Par exemple, Le bal des folles de Victoria Mas ou À crier dans les ruines d’Alexandra Koszelyk sont déjà disponibles dans plusieurs bibliothèques. Romy : une longue nuit de silence de Sarah Briand vient aussi de rejoindre le catalogue. Pour se tenir informé, deux solutions : faire des recherches quasiment quotidiennes en espérant qu’un titre apparaisse, ou alors vous inscrire pour recevoir les nouveautés. Rien de bien compliqué, il faut simplement s’organiser 😉

 

Dans quelles bibliothèques me croiser ?

Vie familiale oblige, je n’ai plus nécessairement le courage de faire une heure de métro pour emprunter un titre, même si je l’ai récemment fait pour La mer monte, d’Aude Le Corff, qui, à sa sortie, n’était disponible que dans une seule bibliothèque (ce n’est plus le cas aujourd’hui !)

Néanmoins, voilà mes bibliothèques préférées :

  • Bibliothèque Germaine Tillon : une bibliothèque généraliste avec un fonds solide. Beaucoup de nouveautés, un joli jardin, et une réelle attention portée aux premiers romans. J’y ai ainsi découvert Les Dévorantes de Marinca Villanova ou Trancher d’Amélie Cordonnier.
  • Médiathèque Marguerite Yourcenar : si elle est fermée jusqu’au 1er octobre, cette médiathèque est incroyable par son architecture, comme la richesse de son fonds. Une des plus belles médiathèques de Paris.
  • Bibliothèque Courcelles : une adorable bibliothèque nichée au fond d’une cour. Idéale pour l’accueil des enfants.
  • Bibliothèque Chaptal : véritable joyau, cette bibliothèque est un somptueux hôtel particulier, l’hôtel de Sérigny. C’est d’ailleurs là qu’on y a tourné le reportage sur Un texte Un jour du JT de France 2 ! Elle propose différents services pour les publics sourds et malentendants.
  • Bibliothèque Buffon : un fonds très complet en littérature, la bibliothèque idéale pour les étudiants en fac de lettres !
  • Médiathèque Françoise Sagan : une médiathèque très récente, dans un endroit atypique et belle comme un musée ! Elle a récemment accueilli une exposition consacrée à Jacqueline Duhême, qui était à l’honneur lors du dernier Grand Prix des Lectrices de ELLE.
  • Médiathèque Marguerite Duras : une médiathèque, là encore, très récente, dans un quartier aux airs de campagne.
  • Bibliothèque Vaclav Havel : située halle Pajol, cette bibliothèque présente là encore une architecture très agréable. Les nouveautés sont toujours intéressantes.

 

Vous retrouverez via ce lien la liste de toutes les bibliothèques parisiennes. Attention aux horaires, et aux fermetures le lundi ! Sept médiathèques sont ouvertes le dimanche parmi lesquelles François Sagan, La Canopée Fontaine, Marguerite Duras et Marguerite Yourcenar.

Quelles bibliothèques suivre sur les réseaux sociaux ?

Sur Instagram

Sur Twitter

Sur Facebook

Enfin, sur la page Internet de chaque bibliothèque, vous retrouverez les liens vers tous leurs réseaux sociaux !

Littérature québécoise @Sarah Sauquet

Vous l’aurez compris, je peux difficilement vivre sans mes cartes, réservations et retours ! N’hésitez pas à les découvrir, ces bibliothèques sont des lieux conviviaux, vivants, et permettent d’initier, en douceur, les enfants à la lecture. Un argument à ne pas négliger…

Si jamais cet article vous a donné envie de vous inscrire et d’emprunter des livres, n’hésitez pas à me donner des nouvelles de votre inscription sur Instagram, Twitter ou Facebook !

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Illustration : Molly Ringwald, Judd Nelson et Anthony Michael Hall dans The Breakfast Club (John Hughes, 1985)

Et c’est ainsi qu’Alexandre est grand : l’hôtel littéraire Alexandre Vialatte

Lettre 165 : Usbek à Rica,

À Clermont-Ferrand :

Mon cher Rica,

Après avoir découvert les hôtels Le Swann et Marcel Aymé à Paris, et Gustave Flaubert à Rouen, il me fallait poursuivre mon tour de France des hôtels littéraires. Ne sais-tu pas que ces établissements aussi charmants qu’authentiques poussent comme des champignons et qu’on parle déjà d’un cinquième hôtel littéraire pour 2019, consacré à Arthur Rimbaud ?

Je décidai donc, cette fois-ci, de quitter les hauteurs du Marcel Aymé, pour rejoindre l’hôtel littéraire dédié à l’auvergnat Alexandre Vialatte situé en plein cœur de Clermont-Ferrand, ville où Vialatte n’est peut-être pas né, mais où il vécut et travailla. Mais avant de te parler de l’homme fascinant qu’est Vialatte, cet écrivain  « notoirement méconnu » comme il aimait à s’appeler lui-même, laisse-moi te dire quelques mots sur Clermont !

À 3h30 de Paris en partant de la gare de Bercy, Clermont, « Averna Civitas Nobilissima », la plus noble cité averne, est une ville volcanique et généreuse, pareille à une pierre précieuse que l’on aurait déposée dans un écrin superbe, au pied de la Chaîne des Puys. Terre de Vercingétorix, Blaise Pascal, ou Édouard Michelin pour ne citer qu’eux, (quelle ne fut pas ma surprise, en marchant dans la ville, en tombant sur des poinçons à l’effigie de ces grands hommes ancrés dans le sol et qui jalonnent ta promenade), Clermont a façonné des personnalités courageuses et persévérantes, car il en faut, du caractère, pour tenir tête aux volcans qui vous contemplent ! Sa beauté aride, à l’image de sa cathédrale gothique en pierre de lave noire, son architecture disparate, sa place Jaude qui brille de mille feux une fois la nuit tombée, valent mille fois le détour. Et c’est assurément l’hôtel littéraire Alexandre Vialatte, idéalement situé, à égale distance de la gare et du centre-ville, qui t’offrira la plus belle vue sur la ville ! L’établissement dispose en effet d’une superbe terrasse (ses transats sont extrêmement confortables), et d’une salle panoramique, au sixième étage, d’où voir toute la ville, avec sur ta gauche sa cathédrale, à ta droite sa basilique, et au milieu, juste en face de toi au loin, la Chaîne des Puys ! À cette période de l’année, alors que nous rentrons à peine dans l’automne, les couleurs orangées de cette nature environnante sont particulièrement magnifiques ! J’ai ce matin, encore, pris mon petit-déjeuner en contemplant ce paysage dont je ne parviens pas à me lasser.

Lit - Hôtel Vialatte-Un texte Un jour

Mais connais-tu Alexandre Vialatte ? Cet écrivain auvergnat né en 1901 et décédé en 1971, qui a raté le Goncourt de peu (cette année-là, Julien Gracq l’avait emporté pour son Rivage des Syrtes, récompense qui d’ailleurs l’indifférait) est un personnage extraordinaire, un de ces hommes de l’ombre qui a frôlé la pleine lumière, qu’on ne cesse aujourd’hui de redécouvrir et qui méritait bien qu’un hôtel entier lui soit consacré ! Ce protéiforme, touche-à-tout et malicieux était à la fois chroniqueur, journaliste, romancier, traducteur, traquant la poésie des humbles, l’humanité des animaux, célébrant aussi bien la beauté des oubliés que l’amour de sa patrie (Vialatte a écrit les plus belles pages qui soient sur l’Auvergne et les Auvergnats) ou l’importance de l’amitié. Aucun sujet ne semblait résister à cet homme qui habitait poétiquement le monde et pouvait aussi bien disserter sur la beauté des enterrements, la langue des esquimaux, Napoléon ou célébrer l’hippopotame, qui avait toute sa sympathie, et rendre un vibrant et décalé hommage au Bibendum Michelin, une des icones des Clermontois (« Clermont ne peut plus se concevoir sans Bibendum, divinité volumineuse, élastique, tentaculaire, aux yeux de grenouille, au ventre de pacha »). Le Bibendum est d’ailleurs un des très nombreux et étonnants personnages qui hantent cet hôtel, à l’image du portrait de Vialatte qui orne l’entrée de l’hôtel. Se voir accueilli dans le hall, par quatre grands Bibendums se donnant la main, tels une frise, annonce instantanément la couleur : c’est se livrer à une fantaisie impromptue que de plonger dans l’univers d’Alexandre Vialatte.

Bibendum Hôtel Vialatte Un texte Un jour

Comme les autres hôtels littéraires, L’Alexandre Vialatte est organisé d’une façon bien spécifique, et chaque étage constitue aussi bien une ode à l’amitié qu’une invitation au voyage. L’hôtel comporte 62 chambres, une bibliothèque de 500 livres, une mezzanine, mais aussi plusieurs salles de réunion, et de réception. C’est un grand hôtel, tant par ses dimensions, que par la gentillesse de ses hôtes, et par le panorama qu’il offre, et l’on s’y sent extrêmement à l’aise.

Le premier étage est consacré au Vialatte romancier, un Vialatte sensible et délicat dont l’humour donnait un aspect si singulier à ses romans. Lire un roman de Vialatte, c’est graviter, tel un satellite, autour d’un amourd’enfance ou d’un rêve d’adolescence auquel on refuse de renoncer, c’est songer à un ailleurs chimérique au parfum d’Afrique (Les Fruits du Congo est ce fameux roman pour lequel Vialatte a failli obtenir le prix Goncourt, en 1951), c’est s’abreuver d’onirisme et revivre ses années de collège et de lycée en se moquant, enfin, de ceux qui nous ont offensés. Les chambres de l’étage portent, tu t’en doutes, le nom des héros des romans de Vialatte, de « Luc de Capri » à « Monsieur Panado » en passant par « Félix Badonce ». Chose très amusante, les chambres « Frédéric Lamourette » et « Dora », les amoureux des Fruits du Congo, sont mitoyennes. Je serais curieux de savoir si une porte communicante les relie !

Chambre Hôtel Vialatte Un texte Un jour

Les deuxième et troisième étages sont consacrés au Vialatte chroniqueur ! Longtemps, j’ai cru que Les Chroniques de La Montagne d’Alexandre Vialatte étaient de courts écrits consacrés à l’univers de la montagne. Tel un Frison-Roche du Massif Central, j’imaginais Alexandre Vialatte en alpiniste chevronné, parcourant les cimes enneigées. Il aura fallu que je séjourne dans cet hôtel pour que je comprenne que les Chroniques de la Montagne, d’ailleurs aujourd’hui rassemblées en un seul ouvrage, étaient en réalité les chroniques que Vialatte avait écrites pour le journal La Montagne, le quotidien de Clermont-Ferrand et de la région dont le siège, superbe et imposant de noirceur, donne sur la place Jaude. Vialatte commença ses chroniques en 1952, et la dernière fut écrite en 1971. Chacune de ces chroniques – 898 au total, toutes s’achevant par la phrase « Et c’est ainsi qu’Allah est grand » – est un bijou d’humour et d’intelligence, tentant à chaque fois de résoudre une équation dont l’inconnue est notre place dans le monde. Témoignages exceptionnels de l’évolution des mœurs françaises, ces chroniques ont fait la renommée de Vialatte qui, délesté des pesanteurs que peut parfois imposer le carcan romanesque, y fait des merveilles. Chaque chambre porte ainsi le titre d’une chronique, qu’il s’agisse du « Paradoxe de l’éléphant », de « L’Oiseau de Juin ou la chaisière des ténèbres », de la « Chronique des plaines et de leur horizontalité », ou de la « Célébration annuelle de l’Almanach Vernot ». Chacune comporte, bien sûr, une aquarelle, un long extrait de la chronique, et nous plonge dans un univers des plus particuliers.

Au quatrième étage, celui du Vialatte traducteur, se trouve ma chambre, « Verdi, roman de l’opéra ». Tu ne le sais peut-être pas, mais sans Vialatte, les Français n’auraient peut-être jamais lu Kafka, dont l’univers étrange et onirique n’est pas si éloigné de celui de notre chroniqueur ! C’est Vialatte, germanophone, diplômé de littérature allemande et qui avait découvert Kafka lors de séjour en Allemagne, dans les années 1920, qui s’attela à traduire, en français, Le Château, mais aussi Le Procès, Lettres à Milena ou Le Terrier, et le fit ainsi connaître au public français. Mais Kafka ne fut pas le seul auteur que Vialatte fit connaître. Ainsi, Vialatte traduisit Friedrich Nietzsche,  Hofmannsthal, Thomas Mann ou Franz Werfel, pour ne citer qu’eux. C’est à Werfel, écrivain autrichien, que l’on doit Verdi, roman de l’opéra, une biographie romancée du compositeur italien. En pénétrant pour la première fois dans ma chambre dont les tons gris ne sont pas sans rappeler la roche volcanique et tranchent admirablement avec la blancheur des draps, je découvris un portrait de Verdi. L’œil malicieux et le sourire chaleureux, le compositeur semblait m’attendre. Mais alors que je fredonnais un air de La Traviata, je réalisai qu’au-dessus de mon lit, une citation aussi drôle que surprenante m’attendait, et me ramenait de l’Italie à l’Auvergne : « L’Auvergne produit des ministres, des fromages et des volcans ». Ne jamais l’oublier, découvrir Alexandre Vialatte, c’est être un funambule avançant au-dessus d’un fil !

Salle panoramique Hôtel Vialatte Un texte Un jour

 

Le cinquième étage est consacré à l’entourage d’Alexandre Vialatte. De son grand ami Henri Pourrat, à sa femme, Hélène Vialatte, en passant par Jean Paulhan, directeur de la NRF qui lança sa carrière de traducteur, ou Jules Romains, l’auteur des Copains et des Hommes de bonne volonté, comme lui auvergnat, il est ici question de douze chambres, de douze personnalités singulières dessinant une constellation singulière dans l’œuvre et la vie d’Alexandre Vialatte. Fait étonnant, Vialatte écrivit d’ailleurs, en 1957, le second chapitre d’un roman collectif, Le Roman des Douze, auquel Louise de Vilmorin, Michel de Saint-Pierre, Jules Romain ou Jean Dutourd, pour ne citer qu’eux, participèrent.

Le sixième et dernier étage, non loin du paradis car donnant accès à la terrasse dont je te parlais plus haut, est celui de « l’Auvergne absolue », terre natale et d’élection de Vialatte, maîtresse jamais quittée et toujours adorée, célébrée, chantée. Incarnation vivante de l’emprise qu’une terre peut exercer sur un homme, Vialatte aurait très bien pu faire sienne la phrase de Pascal Quignard : « Nous dépendons de nos lieux plus encore de nos proches. ». Les quatre chambres de l’étage, « Le puy de Dôme », « Clermont-Ferrand », « Ambert » et « Saint-Amant-Roche-Savine » évoquent une Auvergne intime, presque secrète, mais que le talent de Vialatte parvient à universaliser, et donne envie de découvrir, par le bais d’un folklore demeuré toujours accessible au profane.

Chambre avec tulipes Hôtel littéraire Alexandre Vialatte Un texte Un jour

Mon cher Rica, tu l’auras compris, la montagne est belle, mais elle est même doublement belle ! N’hésite pas à me rejoindre, nous pourrons lire les chroniques de La Montagne, et mordre dans Les Fruits du Congo ! Te souviens-tu de ce pape, dont nous parlions autrefois dans nos lettres, et que nous comparions à un grand magicien ? Peut-être, mais nous étions bien jeunes, faisions-nous alors erreur, car je crois bien que ce grand magicien, est bien cet Alexandre Vialatte. Que serait-il devenu s’il avait obtenu le Prix Goncourt ? La destinée humaine tient parfois à si peu de choses ! Peut-être aurait-il achevé son dernier roman Camille et les grands hommes. Toujours est-il que Vialatte aurait été plus lu encore. Parce que l’écrivain est reconnu et aimé de très nombreux journalistes et écrivains, qu’il s’agisse de Pierre Desproges, Érik Orsenna, Eva Bester, Frédéric Beigbeder, Philippe Meyer ou Amélie Nothomb pour ne citer qu’eux, le nom de « Vialatte » est tel un mot de passe qui entrouvrirait la porte d’un club, avec ses esthètes et fins connaisseurs ; un club qui ne cesse de s’agrandir au fil des années et des rééditions.

De Paris, le 29 de la lune de Chabhan, 2018.

Pour en savoir plus sur Les Hôtels littéraires :

https://www.hotelslitteraires.fr/

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